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Philosophie du logiciel libre

Depuis plusieurs années déjà, le mouvement du logiciel libre prend de plus en plus sa place dans notre société basée sur le système capitaliste. Au Québec, suite à l’adoption du projet de loi 133 en 2011 sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles des organismes publics et des entreprises du gouvernement, on risque d’assister à une augmentation des solutions libres au sein de l’administration publique. Mais qu’elle est cette philosophie exactement? En quoi diffère-t-elle de l’open source? Que peut-elle nous apporter en tant d’individu ou entreprise?

Dans un premier temps, l’appellation logiciel libre provient de la Free Software Foundation, une organisation américaine à but non lucratif. Sa philosophie soutient que les utilisateurs ont la liberté d’exécuter, copier, distribuer, étudier, modifier et améliorer les logiciels, comme le stipulent les quatre libertés essentielles:

  • la liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages (liberté 0) ;
  • la liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu’il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez (liberté 1) ; l’accès au code source est une condition nécessaire ;
  • la liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin (liberté 2) ;
  • la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées (liberté 3) ; en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements ; l’accès au code source est une condition nécessaire.

On peut facilement y voir les liens avec l’éthique hacker qui prône haut et fort, entre autres, la libération de l’information et le partage des connaissances gratuitement entre tous. Bien que plusieurs croient à tort que les logiciels libres soient gratuits, ce n’est pas nécessairement le cas. Comme le souligne Laurent Bounin dans ce billet via le blogue de Direction Informatique:

L’ambiguïté de la gratuité provient de l’appellation anglophone d’origine du logiciel libre qui est free software. Toutefois, dans ce contexte là free ne signifie pas « gratuit » mais bien « libre ».

Ne soyons pas naïfs, l’utilisation de ces applications occasionnent certains coûts afférents. Beaucoup d’efforts de la part des employés internes, de fournisseurs ou de consultants doivent être déployés.

Ensuite, comment faisons-nous la distinction entre logiciel libre et open source? Bien que Laurent Bounin soit d’avis que ces deux termes soient équivalents, il demeure quand même une subtilité importante entre les deux communautés qu’on pourrait catégoriser d’ordre politique.

En effet, les plus fervents défenseurs de l’open source y voient un processus de développement technique qui allie sécurité, fiabilité et flexibilité contrairement au logiciel libre, qui est plutôt vu comme une philosophie voire même une idéologie. Buddhika Chamith apporte un élément important dans son billet intitulé Is it Free or Is it Open Source?, soutenant l’aspect marketing de la terminologie:

The officially coined term “Free Software” didn’t gain much popularity with the cooperate world due to the fact that “Free” was associated with lower grade, cheap or not being ethical. So the term “Open Source” was introduced describing another facet of the Free software.

En troisième lieu, quel est l’apport de son utilisation au niveau de l’individu ou l’entreprise? Comme nous le mentionnions plus tôt, le logiciel libre est normalement beaucoup moins coûteux que les produits propriétaires. Malgré tout, cette raison ne devrait pas être évoquée comme avantage premier de son utilisation, comme le mentionnait Michel Dumain dans ce billet sur les avantages et contraintes de cette philosophie.

La sécurité étant l’enjeu principal, le code ouvert permet à quiconque d’inspecter le contenu et de s’assurer que le logiciel est exempt de faille ou du moins, veiller à ce que des correctifs soient produits et livrés le plus rapidement possible.

L’ouverture du code source permet à tout et chacun, dans la communauté des développeurs, de corriger le moindre petit bogue rapidement.

De plus, le respect de normes et standards reconnus évite la plupart des problèmes reliés à la compatibilité et assure une pérennité aisée de l’application, ce qui n’est pas le cas lorsqu’un éditeur de logiciel privé décide de mettre un terme à un produit.

La disponibilité du code source garantit toujours que le logiciel pourra grandir en fonction des besoins.

Enfin, il semblerait que ceux-ci soient souvent moins gourmands sur les ressources systèmes. Cela permet donc, de façon collatérale, d’allonger la durée de vie du matériel et d’avoir le sentiment d’être plus éco-responsable.

Ils taxent beaucoup moins les ressources matérielles de votre parc informatique, vous permettant ainsi d’étirer la vie utile de vos ordinateurs.

Que nous ayons un penchant pour l’un ou pour l’autre, il ne faut pas minimiser les aspects communautaires, sociaux et techniques qui les relient à l’éthique hacker. Pour approfondir votre recherche à ce sujet,  je vous suggère personnellement ce texte intitulé Democratizing software: Open source, the hacker ethic, and beyond par Brent K. Jesiek ainsi que cette transcription de l’entretien Éthique et communauté du hacker avec Richard M. Stallman

La conscience d’un hacker

Est-ce que le titre de ce billet vous évoque quelques souvenirs? Il s’agit d’un texte écrit le 8 janvier 1986 par Loyd Blankenship, mieux connu sous le pseudonyme The Mentor, peu après son arrestation. Au départ, les hackers étaient perçus, bien malgré eux, comme des criminels par la grande majorité du monde. De nos jours, cette culture a su redorer son blason en mettant à l’avant-plan qu’ils sont plutôt des personnes intelligentes, compétentes et curieuses utilisant la technologie pour créer; réinventer.

Voici quelques extraits du manifeste paru dans Phrack Magazine:

I’m smarter than most of the other kids, this crap they teach us bores me…

We explore… and you call us criminals.

We seek after knowledge… and you call us criminals.

We exist without skin color, without nationality, without religious bias… and you call us criminals.

Yes, I am a criminal. My crime is that of curiosity.  My crime is
that of judging people by what they say and think, not what they look like.

My crime is that of outsmarting you, something that you will never forgive me for.

Dans ce billet paru sur TechCrunch, Dan Abelon soutient que l’intelligence et les compétences des hackers font d’eux d’excellents candidats à l’entrepreneuriat. Pour valider ses propos, j’ai fait une recherche sur les qualités requises pour être un bon entrepreneur et sur le site de Desjardins, j’ai découvert les attributs suivants parmi l’énumération: esprit de compétition, créativité, débrouillardise, confiance en soi, bonnes connaissances techniques et soif d’apprendre. Voyez-vous le lien avec les traits du hacker?

La problématique, selon l’auteur du billet, c’est que tout bon hacker doit avoir accès à des capitaux afin de développer ses créations. Ceux-ci étant normalement le fruit de réseaux et de relations privilégiées, il suggère que ce dernier devra dénicher un mentor pour l’accompagner dans ses démarches de financement.

If we can streamline the path from hacker to entrepreneur, the world can unlock immense innovation and prosperity.

While hackers can make useful products, in many cases they need mentorship and capital to turn their early progress into massively successful, globally-distributed services

Heureusement, le web social regorge de sites de financement collaboratif comme Indiegogo ou Kickstarter, comme le soulignait Caroline Fleury dans ce billet, permettant de réduire les lourdeurs associées aux modes traditionnels d’investissement.

Nous avons tous ce petit côté bidouilleur en nous, mais certains plus que d’autres. Que nous inventions une technologie comme Dropbox ou trouvions la méthode pour créer une machine à maïs soufflé à partir d’une cannette d’aluminium, ce sont des aptitudes semblables, ces mêmes fibres d’intelligence, de compétence et de curiosité à différents niveaux, qui nous permettent de créer; réinventer.

Life hacking refers to any productivity trick, shortcut, skill, or novelty method to increase productivity and efficiency, in all walks of life; in other words, anything that solves an everyday problem of a person in a clever or non-obvious way.

Coined in the 1980s in hacker culture, the term became popularized in the blogosphere and is primarily used by computer experts who suffer from information overload or those with a playful curiosity in the ways they can accelerate their workflow in ways other than programming.